Une proposition de collaboration. Un rendez-vous pour parler d’un projet. Puis une remarque déplacée, une invitation insistante, ou cette impression qu’il faudrait accepter davantage qu’un contrat pour obtenir le travail promis.

Pour une entrepreneure, la décision peut être lourde : refuser, c’est parfois risquer de perdre un client, un revenu ou une occasion de développer son activité. Le problème commence lorsqu’une personne profite de cette dépendance économique pour franchir une limite intime.

Un contrat donne droit à une prestation convenue. Il ne donne jamais droit au corps, à l’attention intime ou au silence de celle qui travaille.

Le harcèlement ne s’arrête pas à la porte de l’entreprise

On parle souvent du harcèlement sexuel dans les relations entre salariés et supérieurs hiérarchiques. Pourtant, les relations de travail comprennent aussi des clientes et clients, des partenaires, des financeurs et des personnes qui promettent de « faire entrer » quelqu’un dans leur réseau.

À l’échelle mondiale, une enquête publiée par l’Organisation internationale du travail en 2022 indique que 6,3 % des personnes en emploi interrogées ont déclaré avoir subi des violences ou du harcèlement sexuels au cours de leur vie professionnelle. L’OIT précise que les femmes y sont particulièrement exposées. Ce résultat concerne les personnes en emploi étudiées : il ne mesure pas spécifiquement la situation des entrepreneures françaises. Source : Organisation internationale du travail.

Quand une « opportunité » devient une pression

Il faut distinguer une invitation librement acceptée d’un comportement imposé. Le contexte, l’insistance et le pouvoir détenu par la personne comptent.

En France, des propos ou comportements à connotation sexuelle ou sexiste répétés peuvent constituer un harcèlement sexuel. Une pression grave exercée dans le but d’obtenir un acte de nature sexuelle peut également y être assimilée, même si elle n’a lieu qu’une seule fois. La qualification juridique dépend des faits. Source : portail gouvernemental Arrêtons les violences.

La promesse d’un contrat ne rend donc pas acceptable une demande intime. Et lorsqu’une femme refuse de travailler avec quelqu’un qui franchit cette limite, elle ne « gâche » pas sa chance : c’est la personne qui exerce la pression qui abîme la relation professionnelle.

OnlyFans pose aussi la question du consentement

Cette question dépasse les rendez-vous d’affaires. Sur une plateforme comme OnlyFans, une créatrice peut exercer une activité rémunérée. Cela ne signifie pas qu’un abonné, un partenaire ou une personne qui gère son compte peut décider à sa place de ce qu’elle doit produire ou diffuser.

En 2024, Reuters a recensé 146 plaintes déposées auprès de la police aux États-Unis et au Royaume-Uni concernant la diffusion alléguée de contenus intimes non consentis sur OnlyFans. Il s’agit de plaintes identifiées par l’enquête journalistique, pas d’un taux de victimes parmi les créatrices ni d’un décompte de condamnations. Source : Reuters, 15 mars 2024.

Les situations ne sont pas toutes les mêmes. Mais la règle est la même : être rémunérée ne signifie pas avoir renoncé à décider de ses limites.

La dignité ne devrait jamais être le prix d’un contrat

Il est facile de dire « il suffit de refuser » quand on ne dépend pas de la somme proposée. Une femme peut avoir besoin de ce contrat. Elle peut hésiter, se sentir piégée ou craindre qu’on ne la croie pas. Aucune de ces réactions ne lui retire sa dignité. La responsabilité de la pression appartient à celui qui l’exerce.

Il faut aussi le dire clairement aux personnes qui détiennent le budget, le réseau ou la visibilité : leur position ne leur donne aucun droit sur l’intimité d’une femme.

Perdre un contrat peut avoir des conséquences réelles. Mais aucun contrat ne vaut qu’on exige d’une femme qu’elle accepte ce qui porte atteinte à sa dignité. Elle doit pouvoir travailler, réussir et prendre sa place sans avoir à négocier ses limites.

OWN IT — Prends ta place. Raconte ton histoire.— Leïla Ettir