On lui dit qu’elle est forte parce qu’elle se lève, organise, rassure, travaille, répond, tient la maison et trouve encore le moyen de demander aux autres comment ils vont.

On admire sa résistance. On partage des phrases sur son courage. On lui rappelle qu’elle a déjà traversé pire. Et parfois, derrière tous ces compliments, personne ne lui demande simplement : « Est-ce que tu tiens encore, ou est-ce que tu fais seulement semblant ? »

Je vais être directe : appeler une femme « forte » peut devenir une manière élégante de l’abandonner à ses responsabilités. Puisqu’elle gère toujours, pourquoi l’aider ? Puisqu’elle ne tombe pas devant nous, pourquoi imaginer qu’elle s’écroule lorsqu’elle est seule ?

La force n’efface pas la fatigue. Elle permet seulement, pendant un temps, d’avancer avec elle.

Il existe des femmes qui ne se reconnaissent même plus dans leurs propres besoins. Elles savent la pointure des enfants, les rendez-vous de la famille, les soucis du conjoint et les urgences du travail. Mais demandez-leur ce qu’elles veulent pour elles-mêmes, et la réponse prend du temps.

Ce n’est pas parce qu’elles manquent de personnalité. C’est parce qu’à force d’être le pilier, elles ont appris à considérer leurs propres fissures comme un détail.

Je ne veux pas opposer les femmes aux hommes ni transformer chaque famille en tribunal. Je veux que l’on regarde les responsabilités telles qu’elles sont vraiment réparties. Pas seulement qui fait la vaisselle ce soir, mais qui pense aux courses, remarque le problème, prend le rendez-vous, prépare la solution et vérifie que tout est réglé.

Et je veux aussi que les femmes s’autorisent une vérité moins spectaculaire : « Aujourd’hui, je n’y arrive pas seule. » Cette phrase n’annule ni leur courage ni leur valeur. Elle remet simplement de l’humain derrière l’image.

Mon regard est celui-ci : une société qui applaudit constamment les femmes fortes devrait apprendre à partager ce qui les oblige à l’être. La vraie reconnaissance n’est pas un compliment de plus. C’est une charge en moins.

Ne lui dites pas seulement qu’elle est forte. Demandez-lui ce que vous pouvez réellement porter avec elle.— Leïla Ettir