Sur scène, elle lève le bras face au public. Hors scène, Anaïs Le Forestier se dit plus réservée. Son nom d’artiste, Yuhna Foster, lui a permis d’oser ce qui lui semblait parfois difficile au quotidien : prendre la parole, se montrer, occuper l’espace. Dans cette distance entre Anaïs et Yuhna se trouve une partie de sa musique, traversée par le doute mais portée par une volonté tenace d’avancer.

La chanson comme point de départ

Elle raconte avoir voulu chanter dès l’âge de huit ou neuf ans. Avec l’aide de sa mère, elle rencontre tôt des professionnels et enregistre ses premiers morceaux en studio. Concours de chant, plateaux et scènes suivent. À l’école, elle traverse aussi des moqueries et peine à dire ce qu’elle ressent. La musique devient l’endroit où elle peut le faire.

Aujourd’hui, elle développe une pop urbaine teintée de rock et d’électro. Son premier EP de cinq titres, Trop Loin Du Soleil, paraît en 2024 ; les singles Panser et DS Lite suivent en 2025, puis Démons en 2026. Ces titres dessinent un univers mélancolique, énergique, tourné vers les combats intérieurs.

Un duo qui choisit sa direction

Le projet se construit avec Christophe Schembré, alias Nuwtone, musicien, guitariste et compositeur. Il façonne avec Yuhna un son qui croise pop, rap, électro et rock ; sur scène, ses guitares saturées en accentuent la puissance. Tous deux veulent développer leur musique sans perdre la main sur leur identité artistique. Après des collaborations difficiles, Yuhna dit accorder une attention particulière aux personnes qui rejoignent leur équipe.

Yuhna Foster au micro et Nuwtone à la guitare sur la scène de Paloma
Yuhna Foster et Nuwtone à Paloma. Photo : Juliette Perazio-Belliando.

À Nîmes, l’accompagnement de Paloma, scène de musiques actuelles, les aide à travailler le live, les démarches et les rencontres professionnelles. Le projet bénéficie aussi d’une aide à l’autoproduction de la Sacem en 2025, du dispositif La Ruche donne des ailes de Rap Académie Montpellier, de la Bourse Jeunes Talents de Nîmes — Prix Espoir, ainsi que des Transes Cévenoles en 2026. Pour Yuhna, ces appuis ont compté dans la progression du duo.

Une écriture intime, des sons sans frontière

Yuhna tient à préciser ce qu’elle emprunte au rap : d’abord une écriture exigeante et intime, capable de porter ses messages avec sincérité. À cette manière d’écrire s’ajoutent des mélodies pop, des rythmes et des formes issus de la trap, de la drill ou de la jersey, ainsi que des guitares volontairement saturées.

Ses chansons parlent de santé mentale à partir de son expérience : le doute, la dévalorisation, l’autosabotage, ces pensées que l’on garde parfois pour soi. Écrire l’aide à les exprimer. Elle a découvert que d’autres personnes reconnaissaient leurs propres émotions dans ses textes. Son ambition est de laisser à l’auditeur une place pour se sentir moins seul et imaginer que la suite peut être différente.

Dans son nouveau projet en cours de préparation, Yuhna aborde d’autres sujets qui lui tiennent à cœur, dont le féminisme. Dans une chanson intitulée Petite sœur, elle s’adresse à sa sœur pour lui transmettre ce message : dans un monde qui demande toujours davantage aux femmes, elle sera toujours assez. Elle pourra faire et devenir ce qu’elle veut, sans avoir à prouver qu’elle mérite sa place.

Des scènes, des rencontres, une suite à écrire

La scène donne une autre mesure du projet. Yuhna a notamment assuré une première partie de Sopico à Paloma, joué aux Transes Cévenoles à Sumène et sur la scène du village du GP Explorer 3. Sélectionnée comme Révélation RIFFX par le Crédit Mutuel en 2026, elle a aussi assuré la première partie de Zaz à l’Amphithéâtre 3000 de Lyon. Elle raconte qu’un échange avec la chanteuse avant le concert l’a aidée à profiter de ce moment, au lieu de penser déjà à ce qui viendrait ensuite.

Yuhna Foster accroupie sur scène, chantant au micro à Paloma
Yuhna Foster à Paloma. Photo : Juliette Perazio-Belliando.

Parmi les artistes dont elle apprécie l’affirmation, elle cite Suzanne, Zélie et Mauvaise Bouche. Leur liberté nourrit sa réflexion sur sa propre place, sans qu’elle cherche à emprunter leur manière d’être. Avec Nuwtone, elle souhaite aujourd’hui multiplier les concerts et trouver des partenaires capables de soutenir leur développement tout en respectant le projet.

Son conseil à celles et ceux qui débutent : travailler sa voix et son écriture, clarifier ce que l’on veut partager et aller à la rencontre des SMAC, les scènes de musiques actuelles, ainsi que des dispositifs d’accompagnement locaux. Elle adresse aussi un appel au public : soutenir la culture en allant aux concerts, notamment ceux des artistes émergents. On y découvre des propositions nouvelles, souvent à prix accessible, et l’on donne aux artistes la possibilité de grandir.

LE MOT DE LA RÉDACTION

Cet entretien avec Yuhna Foster a été un vrai plaisir. Sa douceur dans l’échange contraste avec l’intensité de son travail sur scène. Avec Nuwtone, elle construit un projet réfléchi, porté par une écriture personnelle et une identité sonore qui s’affirme. Leur parcours invite à suivre attentivement les prochaines étapes.