Dans quoi investir ? Des actions ? Des entreprises technologiques ? L’intelligence artificielle ?

J’aimerais poser une autre question : dans quoi investir pour garder la capacité de faire par nous-mêmes ?

Une formation. Un atelier. Un outil de travail. Une petite entreprise qui fabrique, transforme ou répare.

Je défends une idée : redonner une place à nos mains, à nos métiers et à notre capacité de créer.

La Bourse, oui. Mais comprendre avant de suivre.

Acheter une action, c’est devenir propriétaire d’une petite part d’une entreprise. La Bourse peut donc aussi concerner des entreprises industrielles : finance et fabrication ne sont pas deux mondes séparés. Mais un investissement en actions comporte un risque de perte, et son rendement n’est jamais garanti. L’Autorité des marchés financiers recommande de conserver une épargne de précaution et de n’investir en actions que l’argent dont on n’aura pas besoin pendant plusieurs années. [1]

Avant de choisir un placement, il faut regarder ses objectifs, la durée envisagée et les pertes que l’on pourrait supporter. Diversifier ses placements aide à répartir les risques, sans les supprimer. [2] [3]

Pour moi, préserver son argent commence par refuser de décider uniquement parce qu’un secteur fait parler de lui.

Nous nourrissons l’IA. Mais que développons-nous chez nous ?

Certains services d’IA peuvent réutiliser les données fournies par leurs utilisateurs, selon leurs conditions d’utilisation. Ce fonctionnement n’est pas identique pour tous les outils : la CNIL invite à vérifier les possibilités de réutilisation et à encadrer les informations transmises. [4]

Cela mérite une question : quand nous confions un travail à une machine, continuons-nous à apprendre à le faire ?

Une synthèse de l’OCDE décrit des gains possibles de performance, mais aussi des risques pour l’apprentissage lorsque l’utilisateur dépend excessivement des réponses générées. Les résultats varient selon les tâches et la manière d’utiliser l’outil. Ils ne permettent pas d’affirmer que toute utilisation de l’IA nous fait régresser. [5]

Mon inquiétude porte sur la dépendance : pouvoir obtenir un résultat, tout en perdant la capacité de le comprendre, de le vérifier ou de le refaire.

Revenir à l’atelier, à l’usine, à la création

J’aimerais que l’on parle davantage de celles et ceux qui fabriquent un meuble, réparent un appareil, cousent un vêtement ou transforment une matière.

Que l’on considère aussi comme un investissement le fait d’apprendre un métier, d’équiper un atelier ou de transmettre un geste.

Et ce retour à la fabrication peut intégrer des technologies. L’impression 3D, par exemple, permet de produire des objets par superposition de couches de matière : elle peut servir à fabriquer des prototypes ou des pièces. Elle ne se confond pas avec l’intelligence artificielle. [6]

Je souhaite une technologie dont nous gardons la maîtrise, au service d’un travail que nous comprenons.

Investir dans le concret demande aussi de faire ses comptes

Un atelier mérite la même rigueur qu’un placement financier. Avant de lui consacrer son épargne, voici les questions que je propose :

  • Quel besoin précis vais-je satisfaire ?
  • Qui est prêt à payer pour ce produit ou ce service ?
  • Combien coûtent les matières, le matériel, le local et mon temps ?
  • Quel montant puis-je engager sans mettre mon quotidien en difficulté ?
  • Puis-je tester la demande avant de financer un projet plus grand ?

L’artisanat ne doit pas devenir une nouvelle promesse de richesse facile. Mon propos est de lui redonner une place dans notre réflexion économique.

Repartir des bases, plutôt que repartir de zéro

Je ne dirais pas : « Gardons tous notre argent et abandonnons tout. »

Je dirais : protégeons nos besoins essentiels, examinons ce que nous finançons et choisissons les compétences que nous voulons préserver.

Avant de demander ce que notre argent peut rapporter, demandons-nous aussi ce qu’il peut nous permettre de construire.

Un métier. Une activité. Un savoir-faire que l’on pourra transmettre.

Leïla Ettir — OWN IT

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