Il y a des personnes qui disent oui avant même d’avoir compris la demande. Pas parce qu’elles en ont envie. Parce qu’elles ont peur de l’image que leur non pourrait donner.
Égoïste. Difficile. Ingrate. Pas solidaire. Pas professionnelle. Alors elles acceptent, elles s’adaptent et elles trouvent une place supplémentaire dans un agenda qui déborde déjà.
Puis la colère arrive. Pas toujours contre la personne qui a demandé. Souvent contre soi-même, parce qu’au fond, la réponse était non depuis le début.
À force de protéger tout le monde de notre non, on finit parfois par ne plus se protéger de rien.
Je ne dis pas qu’il faut refuser par principe. La vie collective demande des efforts, des compromis et parfois des services que l’on rend simplement parce que l’on aime les gens. Mais un geste choisi et une obligation avalée en silence ne laissent pas la même trace.
Nous vivons aussi dans une époque où la disponibilité est devenue visible. Le téléphone montre que nous avons reçu le message. Les réseaux donnent l’impression que nous sommes là. Le travail peut nous suivre jusque dans le salon. Pourtant, être connectée ne veut pas dire être disponible pour tout, immédiatement.
Il faut également être honnête sur un point : tout le monde n’a pas le même pouvoir de dire non. Refuser son enfant, un ami, un client important ou un supérieur ne comporte pas les mêmes conséquences. Parfois, le problème n’est pas le courage personnel. C’est le rapport de force.
Mais lorsque le choix existe, je crois qu’il faut arrêter de transformer chaque limite en procès moral. On peut dire : « Je ne peux pas aujourd’hui. » On peut réfléchir avant de répondre. On peut refuser sans écrire un roman pour prouver que l’on reste une bonne personne.
Mon regard est simple : une relation qui ne supporte aucun non ne respecte pas vraiment votre oui. Si l’autre ne vous apprécie que lorsque vous acceptez tout, ce n’est peut-être pas votre gentillesse qu’il aime. C’est votre disponibilité.
